un peu d’histoire

 

devanturecloche2

Véritable lieu de mémoire, ce petit café de la Cloche a traversé les ans sans une ride, de génération en génération. Les jeunes comme leurs aînés aiment venir et les murs résonnent encore de leurs chuchotements, confidences, serments d'amour, éclats de rire, cris d'enthousiasme, discussions d'affaires …

 

Cette transmission s'est faite tout naturellement de patron à patron : presque une histoire de famille. En effet, au cours de ce dernier siècle, trois patrons se sont succédés : tout d'abord Monsieur Abel Durin, puis Monsieur Antoine Vals, son ancien serveur, et enfin Monsieur André Bitat, séduit lui aussi par le lieu. Aujourd'hui c'est son fils, Philippe Bitat, qui prend les rênes de l'établissement.

fresquecloche2

Poussons la porte de cet illustre café et regardons …
Un élément nouveau, sur le mur du fond, une fresque, raconte un peu l'histoire de ce lieu.

Vincent Gallo, qui a peint cette fresque, est un p'tit gars de Lyon, un "gone" d'origine italienne qui a étudié à l'Ecole des beaux-arts à Lyon ; la palette de ses talents est multiple : décorateur, dessinateur compositeur textile pour l'Europe, les Etats-Unis, le Japon, l'Australie, l'Afrique, il est aussi restaurateur de tableaux, portraitiste, peintre. Après une formation de patines et matières à la Confédération des compagnons, il s'intéresse et peint des fresques depuis dix ans et, sans doute en avez-vous admiré déjà quelques-unes à Lyon-même et dans sa région (hôtels, cafés, restaurants, école …).

Afin de peindre cette fresque, il a dû, tout d'abord, effectuer de nombreuses recherches au Musée des Hospices Civils de Lyon, à l'Hôtel-Dieu. Il a lu beaucoup de textes relatifs à l'Hôpital mais a trouvé peu de photographies, de dessins.

photo-charite

Et ce nom de "La Cloche", me direz-vous ? Pourquoi ? D'où vient-il donc ? Et bien, en face du café, se dressait l'Hôpital de la Charité dont il ne reste actuellement que le clocher sauvé par l'attachement de la population lyonnaise : le vieil hôpital fut démoli sur décision, en 1932, de la Municipalité lyonnaise pour faire place à un monumental Hôtel des postes. En 1934, l'hôpital et la chapelle sont détruits mais à la suite d'un mouvement d'opinion, le clocher fut conservé. Il se dresse au milieu de la place Antonin Poncet en face de la grande poste lyonnaise. Sur sa base, côté Rhône, on peut lire quelques mots sur l'histoire de ce clocher.

 

Sous François 1er, en 1531, la famine, qui sévissait depuis le commencement du siècle, prit les allures d'une véritable catastrophe. La peste s'en mêle ; le blé atteint des tarifs prohibitifs et le pain devient extrêmement rare. La population des campagnes pénètre dans Lyon ; il faut trouver sans délai un moyen d'empêcher ouvriers de la cité et paysans des environs de mourir dans les rues. Une distribution temporaire de vivres fut faite à ces affamés. Elle dura cinquante-deux jours en 1531 et permit de nourrir plus de cinq mille personnes. Mais ce n'était qu'un moyen de fortune. Une assemblée se réunit à Saint-Bonaventure le 18 janvier 1533 et aboutit à la création de l'Aumône Générale.

chapelle_ptt

 

plan_eglise_ptt

Jean Broquin, l'initiateur, proposa des moyens pour systématiser le problème en fixant le travail de chacun des notables chargé de pourvoir à tous les besoins et de rechercher les subsides financiers. Les orphelins seront mis à l'hôpital de la Chanal (quartier Bourgneuf), les orphelines à l'hôpital Sainte-Catherine-du-Val (quartier Terreaux auxquels s'ajouteront bientôt l'hôpital Saint-Antoine et l'hôpital de Notre-Dame-de-Confort. Les recteurs s'avisèrent enfin, en 1614, que le provisoir avait assez duré et songèrent à établir un hôpital définitif sur le terrain situé en bordure du Rhône, près de Bellecour et occupé par des jardins maraîchers. Ils dépensèrent 14063 livres. Le prère Martellange, architecte des Jésuites et Pierre Picquet, recteur de la Charité, furent chargés du plan de l'édifice. Tout fut terminé en 1636. L'ensemble de la Charité est alors presque terminé ; il comprend quatorze corps de bâtiment, un grenier à blé, un jardin, un cimetière, un four à pain. L'église n'est pas achevée, elle n'a pas encore son clocher actuel, il ne sera construit qu'en 1665, suivant un croquis de l'architecte italien Giovanni Bernini, dit Le Bernin.

Conformément à une entente entre l'hôpital de la Charité et celui de l'Hôtel-Dieu qui dura jusqu'à la fin du XVIIe siècle, l'Hôtel-Dieu accueillait les enfant abandonnés de la naissance à l'âge de 7 ans et les envoyait à la Charité où on leur apprenait à lire, écrire ; puis les garçons étaient placés comme apprentis, les filles comme chambrières. Survint la période révolutionnaire. Les hôpitaux furent envahis par les malades, les indigents. L'hôtel-Dieu ne put continuer son aide aux enfants. La Charité s'en chargea. Mais il était difficile de trouver des nourrices. Les soeurs hospitalières eurent recours au lait de chèvres que l'on logea dans une cabane, au fond d'une cour de l'hôpital. Cependant les abandons se multipliaient. En 1796, l'hôpital décida de refuser la plupart d'entre eux. Qu'advenaient-ils alors ? "Les petits passants" et "petites passantes" étaient déposés la nuit dans les carrefours, les allées, les décombres, sur le banc de pierre placé à la porte de l'hospice et exposés à tous les dangers?

tour_bebe_ptt

Le 17 brumaire de l'an XII, 8 novembre 1804, les administrateurs de la Charité décidèrent de faire installer un tour dans l'épaisseur du mur de la clôture qui longeait la rue de la Charité. L'appareil se composait d'un cylindre en bois, convexe d'un côté, concave de l'autre ; il tournait sur lui-même avec facilité. Le côté convexe faisait face à la rue de la Charité, l'autre s'ouvrait dans le bureau de réception des enfants. Au plus léger effort, le cylindre venait présenter au dehors son côté vide, recevait l'enfant qu'on y plaçait et l'apportait doucement dans l'intérieur de l'hôpital. Une soeur hospitalière, avertie par le son de la cloche actionnée par la personne venue déposer l'enfant, le récupérait.

Une légende (?) raconte qu'une soeur courait agiter aux fenêtres faisant face au café un tissu blanc afin d'avertir les médecins installés au Café de la Cloche de l'arrivée d'un enfant.

Témoignage …
En Septembre 2007, le Café de la Cloche a reçu un mail de Marie-Christine Durin, épouse Ouerdi, petite fille d'Abel Durin (propriétaire de La Clocle après guerre). Elle nous transmettait ces deux photos prises en 1955.

abel-durin1ptt   abel-durin2ptt

Abel Durin est assis sur la terrasse en compagnie de son  épagneul Wanda. En agrandissant, on peut lire très distinctement son nom sur la vitrine.

Sincères remerciements à Marie-Christine pour nous avoir transmis ces photos. Tout comme elle, nous pensons effectivement que "[son] grand-père aurait trouvé l'idée amusante de se retrouver sur Internet" et nous sommes heureux de pouvoir lui rendre ce modeste hommage.